Google Instant: les mauvaises surprises de «l’auto-complétion»

« Les Noirs puent », « Les Juifs sont radins », « Les Roumains sont des voleurs »… Voici quelques unes des expressions qui vous sont proposées lorsque vous tapez actuellement « les noi », « les juifs sont » ou « les roumains » sur Google Instant. Des suggestions qui reflètent l’activité de recherche des internautes français, d’après le moteur. Mais l’explication est un peu courte pour plusieurs spécialistes.

Le 14 septembre 2010 par Christophe Dutheil,

Tout a commencé par un billet de blog publié le 9 septembre 2010 par Jean Véronis, consultant et professeur de linguistique et d’informatique à l’université de Provence. Dans cet article, intitulé « Google: les Juifs sont radins et les Noirs puent », le linguiste, qui s’est fait connaître pour différentes études sur les moteurs de recherche, met l’accent sur l’un des principaux défauts de la nouvelle interface Google Instant: son moteur de complétion, autrement dit son outil d’écriture automatique d’un mot ou d’une expression à partir de ses premières lettres.

Héritée de Google Suggest, un outil de suggestion de mots clés et de requêtes qui a déjà valu à Google plusieurs procès en France, la nouvelle fonctionnalité d’auto-complétion de Google va beaucoup plus loin que son aînée. Et elle devrait, d’après le spécialiste, « relancer le bon vieux jeu qui consiste à chercher les propositions tordues ». Qu’on en juge : il suffit de taper « Les noirs » dans la nouvelle interface pour se voir suggérer « Les noirs puent » ou encore « Les noirs sont moches ». Tapez « Nadine Morano est » et le moteur vous suggère actuellement « Nadine Morano est une menteuse ». Recommencez avec « Benjamin Lancar », président des Jeunes Populaires, et vous obtiendrez « Benjamin Lancar juif » comme deuxième suggestion.

Google se défend… sans convaincre

Mis en cause, le moteur n’a pas tardé à réagir : il vient de préciser à l’AFP que les termes suggérés sont « un reflet de l’activité de recherche de tous les utilisateurs du moteur de recherche Google, en France », reconnaissant toutefois qu’il s’efforce d’ordinaire d’appliquer « un ensemble de politiques de retrait pour les contenus pornographiques, violents ou haineux ». Le moteur ajoute qu’il ne s’agirait pas ici « de suggestions faites par Google, mais d’une agrégation des requêtes les plus populaires ». Dont acte.

Mais cela n’explique pas la présence dans les suggestions de nombreuses phrases, qui ne ressemblent pas à des requêtes, comme « Les Juifs sont radins ». Pour Jean Véronis, « Google pourrait avoir intégré à ses listes de suggestions d’autres titres, provenant par exemple de forums populaires ou de sites de questions / réponses ». Autre possibilité : « Google pourrait avoir fait l’objet de l’activisme ou du spam de certains webmasters pour faire remonter certaines pages dans les suggestions », estime Alain Garnier, qui a co-fondé Jamespot, une jeune entreprise française spécialisée dans les réseaux sociaux d’entreprise, après avoir créé Arisem, un éditeur d’outils de recherche sémantique racheté par Thales en 2004.

Un travail de modération approximatif en France

D’autres incohérences ont été relevées en ce qui concerne la politique de Google pour le « blacklistage » de certains contenus francophones, qui est jugée beaucoup moins sévère que celle qui est appliquée sur les contenus anglophones (en anglais, une requête avec « Jews are » ou « Blacks are » ne donne par exemple lieu à aucune suggestion sur Google). « Il est probable que c’est un travail qu’ils n’ont pas fait pour la France, où la sensibilité sur les problèmes de racisme est beaucoup moins grande », relève le professeur, qui souligne dans son billet « des préoccupations à deux vitesses selon les langues et les cultures ».

« Google dit toujours qu’il fait les choses automatiquement. Or, c’est souvent faux », renchérit de son côté Alain Garnier. « Aux États-Unis, où la législation est plus stricte qu’en Europe, Google a des modérateurs et emploie des personnes qui font un travail éditorial de tri ».

Il est probable que le moteur ne pourra pas longtemps faire l’économie d’un travail plus approfondi de modération de ce côté-ci de l’Atlantique. « La recherche instantanée de Google Instant a décuplé l’impact des suggestions de Google », nous indique Olivier Duffez, un consultant indépendant spécialisé en référencement naturel. « Et il n’est pas rare que les suggestions soient totalement éloignées de la réalité, voire diffamatoires ».

Christophe Dutheil

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