Cloud : la promesse décalée de Microsoft

Par Alain Garnier – CEO Jamespot

Tout commence par une conversation avec une amie :

« Tu as vu la pub de Microsoft pour le Cloud ? Elle est top !»

La réflexion m’interpelle.

Elle m’explique que Microsoft sort un super système pour les photos qui s’appelle « Cloud » et elle ajoute : « On dirait qu’il faut un pc et windows 7 pour aller dans le Cloud… on dirait un endroit magique ! ».  Ensuite,  elle m’explique qu’ils jouent sur le mot Cloud/Claude en parodiant un pauvre gus prénommé Claude que l’on ridiculise dans la pub…

Cloud ?  Le fameux « Cloud » ? Je la questionne pour voir si elle n’est pas passée à côté du « vrai » message, celui du « vrai » Cloud. Je veux dire, pas le faux-Claude, mais le vrai « Cloud », pas simplement le fait de mieux retoucher des photos…

Mon amie m’a dit « écoute, pour une fois que je comprends et que c’est drôle ».

Je suis allé illico voir ces publicités.

Vous les trouverez là : http://www.microsoft.com/france/windows/windows-7/videos.aspx?vindex=30

Un Cloud simpliste et simplifié

Je n’ai pas été déçu. Mon amie a effectivement tout compris. Microsoft ne parle pas vraiment du « Cloud », mais plutôt de ce qu’il apporte à l’utilisateur. Comme par exemple, la retouche de photos très puissante pour que toute photo de famille soit réussie. (cela dit en passant a t on vraiment besoin que toutes les photos de famille soient réussies ? Tata Germaine peut-elle vraiment être réussie ?)

Le procédé est très intéressant à analyser. Il est indéniable que la notion de Cloud est complexe. Elle renvoie à la nécessité de comprendre l’architecture du Web lui même, des applications et des données qui y transitent. Qui plus est, comme souvent pour les nouveaux concepts, chacun y projettent ce qu’il veut y voir. (On a connu ça pour le Web2.0 par exemple). Le Cloud tout le monde s’y retrouve, mais pas pour les mêmes raisons.

Pour les tenants de l’infrastructure, le Cloud, c’est sa dimension élastique : la capacité de déployer des machines selon les besoins afin de « passer l’échelle » et tenir la charge lors de fortes demandes. C’est la vision initiale d’Amazon, qui est en pointe sur le sujet étant donné son besoin récurrent, chaque noël, de répondre à une demande décuplée et qui, de ce fait, a proposé de louer ses infrastructures durant les périodes creuses. C’est aussi par exemple la vision d’IBM qui vise à faire passer les systèmes informatiques dans le Cloud (cf son forum SaaS & Cloud).

Le Cloud, ensuite, est aussi la notion d’architecture où toutes les données et les applications sont sur des serveurs. Cette vision est la contraposée de l’approche historique de Microsoft : un ordinateur avec Windows, des applications locales (Word, Excel, Outlook) et des fichiers sur l’ordinateur.

Ca ressemblerait plus à l’approche de Google qui propose d’éditer en ligne des documents, de stocker ses mails dans Gmail, bref les applications et les données sont sur les serveurs de Google.

Cette approche se complète ensuite par la logique de SaaS (Software as a Service) ou qui vise à préférer aux applications installées, des applications en lignes. L’avantage est simple : pas besoin d’infrastructure, pas besoin d’installation, pas besoin de mettre à jour les logiciels. L’application en mode SaaS est toujours disponible et mise à jour par l’éditeur.

D’ailleurs, le mieux pour cerner ce qu’est le Cloud et le vivre de l’intérieur reste encore l’association Eurocloud, dont Jamespot est d’ailleurs un des membres.

Enfin, pour aborder le sujet du Cloud, il faut aussi parler des questions de monopole qu’il installe, des problématiques de privacy, de la question de l’accès au réseau comme « minimum vital » etc… des questions aussi sociales que numériques.

Alors quelle promesse apporte Microsoft avec son Cloud – anti Claude ?

Il est indéniable que les nouveaux logiciels Microsoft apportent davantage de fonctionnalités, et qu’ils s’appuient sur le Cloud pour être plus performants. Mais, on n’a pas besoin du Cloud pour faire de la retouche d’image. Le Cloud de Microsoft est donc avant tout une approche marketing pour rester dans la course.

Car, il est clair maintenant que le SaaS (des logiciels en ligne plutôt qu’installés pour faire court) et le Cloud (des serveurs en ligne plutôt que chez soi) sont deux tendances lourdes qui s’accélèrent parce qu’elles apportent aux utilisateurs finaux un confort jamais égalé dans l’histoire de l’informatique… Sans compter l’économie d’échelle que propose le Cloud et le SaaS. Car le fournisseur de service a intérêt à avoir une infrastructure la moins chère possible et donc se trouve dans une dynamique d’optimisation. Ce qui n’était pas du tout le cas des ordinateurs installés dans les foyers ou les entreprises, ou le couple Intel/Microsoft avait tout intérêt à faire des logiciels gourmands pour obliger à changer de machine plus souvent : une belle convergence d’intérêt pour cette industrie…

Microsoft a donc compris que le Cloud et le SaaS étaient inéluctables. Et ils ont choisi de devenir « The Cloud Company ». On tout du moins, d’en être un des leaders. Mais comme ils ne peuvent pas se déjuger sur la dimension classique de leur business logiciel, ils attaquent sur leur terrain de prédilection : ajouter des fonctionnalités et expliquer pourquoi on doit migrer vers la prochaine version… Il se trouve qu’elle est dans le Cloud. Et alors ? Pour Microsoft, il s’agit de capter cette vague.

Etant donné la force et la présence de Microsoft dans l’écosystème numérique, il est logique de les voir prendre une position sur le Cloud, d’autant que leur principal concurrent potentiel à savoir Google est déjà 100% sur cette approche depuis longtemps. Maintenant, avaient-ils besoin de travestir le sens même du Cloud, au risque de créer beaucoup de confusion autour de ce concept ?

Car même s’il est très louable  de tenter d’expliquer au plus grand nombre des concepts complexes, il est beaucoup moins glorieux de récupérer un concept à la mode en le dénaturant.

Alors lorsque vous rencontrerez quelqu’un loin de la sphère numérique, demandez lui un peu si elle a vu le Claude de Microsoft et ouvrez lui les yeux !

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A propos blogjamespot

Mené par 3 entrepreneurs dans le numérique depuis plus de 15 ans, Jamespot porte la vision que le Web transforme et accélère les nouveaux usages autour de l’information pour l’individu et dans l’entreprise. Jamespot édite le site éponyme Jamespot.com, un réseau social qui permet de communiquer à ses amis ce qui nous intéresse sur le Web en un simple clic. Jamespot.com c’est à ce jour, des dizaines de milliers de Spotteurs actifs répartis sur 12 pays. Fort de son succès croissant et de l’adoption spontanée de ce nouveau réflexe, sur le Web, Jamespot décline également une version professionnelle, Jamespot.Pro, pour l’entreprise 2.0 qui impulse la puissance du réseau social au business.
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