Non, tous les outils ne se valent pas.

Par Alain Garnier, CEO Jamespot

J’ai assisté à plusieurs conférences lors du salon Intranet & RSE qui se tenait porte de Versailles et où on a pu mesurer la maturité grandissante des acteurs à comprendre que pour réussir un projet de type « RSE » (réseau social d’entreprise), il fallait tout d’abord en fixer un objectif business, se donner les moyens et mener le projet, comme tout projet. De « jolis » truismes, qu’on retrouve dans tous les secteurs, en particuliers innovants. Mais qu’il faut rappeler sans cesse. Dont acte.

Ce qui m’a en revanche surpris, c’est que cette orientation projet/usage s’accompagne aussi d’un propos banalisé qui était répété assez souvent sous la forme « quel que soit l’outil on aura les mêmes résultats » ou « ce n’est pas l’outil qui compte mais l’usage » ou encore « avec n’importe quel outil RSE on pourra … ».

Objection votre honneur !

Ce qui me paraît tout à fait faux et peut emmener dans le mur de nombreux projets qui ne regarderont pas cette dimension outils!

D’abord, une précision. Jamespot était sur le salon sur le « Lounge » organisé par Lecko, cabinet spécialisé dans l’accompagnement des projets de type RSE. Et Lecko s’affirme comme un cabinet centré sur les usages. Or, loin de moi de penser que Lecko porte cette parole de « dénigrement » des outils au profit des usages, comme en témoigne le gros boulot qu’ils font sur le référentiel où justement, ils analysent dans le détail ce que font les outils. Donc, que ce soit clair, ce n’est pas leur approche que je vise par ce billet. Mais plutôt ceux qui ne reprennent que la dimension usage de la problématique.

Mon sentiment est qu’une partie des acteurs autour du RSE (cabinets plus éloignés du sujet, chefs de projets, décideurs, prescripteurs…) trouvent commodes de s’appuyer sur une jambe (les usages) sans s’appuyer sur l’autre (les outils), sans doute par simplicité…, facilité et « effet de mode ».

Simplicité, car pour être en mesure de bien connaître les outils, il faut les pratiquer. Passer du temps à les essayer, les comprendre, lire la littérature qui l’aborde (référentiel Lecko, ou du Benchmark Spectrum ou encore mon livre par exemple). Sans compter l’évolution rapide de tels dispositifs. C’est donc du boulot. Il est donc plus simple de rester sur un aspect ignorant du sujet et banaliser les outils.

Facilité, aussi pour ceux qui ont déjà un outil et pour qui, du coup, le discours va bien : j’ai un RSE déjà choisi dans mon entreprise, donc tous les usages rentrent dans cet outil… C’est clairement plus facile mais est-ce pertinent pour votre business ?

Prenons l’exemple du transport. On imagine bien que le choix pour un décideur politique de mettre en place un transport en commun ne va pas se limiter à l’outil de transport qu’il connaît ou qu’il a chez lui… Une voiture pour tous ! Une voiture pour le bambin de deux ans plutôt qu’un pousse-pousse. Une voiture pour le gamin de 10 ans plutôt qu’un vélo. Une voiture pour l’adolescent de 16 ans plutôt qu’un Scooter. Une voiture pour le quartier plutôt qu’un bus. Une voiture pour la France plutôt qu’un TGV ! Ça vous fait rire ? C’est ce que j’entends quand on me dit que quels que soient les usages, l’outil va bien… Pour poursuivre la métaphore, dans les conférences où le propos était le plus frappant, certains avaient des TGV d’autres des bus… mais ne se privaient pas de penser à des usages de voitures… Après, il ne faut pas s’étonner qu’on demandera à de tels projets un effort particulier d’accompagnement, de suivi, d’entretien, de développement très important. Car maintenir un TGV c’est du lourd. Et une fois qu’on a posé les rails… difficile de changer la trajectoire !

Enfin, effet de mode sans doute. Passés la « technologie » omniprésente et le dictat des ingénieurs, voici le temps où parler usager est de bon ton. C’est vrai. Dans la logique où ce sont les utilisateurs du Web qui imposent les outils selon les usages qu’ils en font. Mais l’usager « primaire », celui du Web auquel on se réfère, possède une connaissance technique, en fait. Quand un utilisateur lambda choisit son téléphone portable, il a vu ceux de ses amis, il a appuyé sur les touches : il sait de quoi il parle. Quand un utilisateur du Web choisit un outil de mail par exemple, il a vu les autres et été conseillé par le menu du pourquoi il faut prendre Gmail plutôt que Hotmail (ou le contraire). Il peut passer de l’un à l’autre et même ouvrir un compte sur les deux « pour voir ». Usage certes. Mais connaissance de l’outil aussi. Là où dans l’entreprise, il est rarement donné de pouvoir switcher comme ça rapidement… Il faut donc avoir une connaissance des outils préalable à son projet.

Taille, Fonctions et Philosophie

Trois critères très importants me semblent nécessaires pour savoir quel outil va bien à l’usage ET à la structure de son entreprise : la taille, les fonctions et la philosophie.

Commençons par « a priori » le plus simple : la taille. La taille du produit, renvoie souvent à la taille de l’entreprise cible comme l’éditeur. Ce sont d’un côté les TGVs. Infrastructures importantes, dédiées souvent aux grands comptes. Ils s’accompagnent d’une logique structurante forte, d’une infrastructure lourde et ne se conçoivent pas à petite échelle. Les plans d’évolutions sont à 3/5 ans. Ils sont chers. Mais emmènent du monde. On peut en citer au moins deux : Sharepoint & IBM/Connections ou encore Jive.
De l’autre côté, on retrouve les véhicules légers, du Bus au camion en passant par la voiture : un seul pilote suffit pour les faire fonctionner. Pour parler entreprise : un projet, un département ou une initiative. Donc on retrouvera dans les instances de réseau de 20/50 personnes à plusieurs milliers, en passant par quelques centaines. On retrouvera les traditionnels : BlueKiwi, Jamespot, KnowledgePlaza, Seemy, TalkSpirit Yammer et YoolinkPro. Pour ne citer que les connus et utilisés en France (classés par ordre alphabétique).

Un nid à fonctions

Le chapitre des fonctions est le plus garni. Car un RSE est un « nid à fonctions ». On compte plusieurs centaines de points d’entrées fonctionnels dans un RSE ce qui en fait un outil très riche. On parle de simplicité fonctionnelle. Elle n’est qu’apparente… Il n’est pas facile de se faire une idée complète d’un outil. Pour en juger, notre « empreinte fonctionnelle », qui fait le tour du produit Jamespot par écrans différents, fait plus de 100 pages. Et c’est sans compter les applications tierces qui viennent se greffer sur notre solution afin d’apporter des modules complémentaires métiers.

Mais est-ce nécessaire de connaître tous les possibles d’un outil? Ce qui compte, c’est de faire matcher vos besoins avec le produit. Il ne faut pas inverser la logique non plus et faire de l’outil un préalable. Donc, prenez vos trois scénarios clés de votre projet. Et essayez de les appliquer tels quels dans l’outil. Vous verrez très vite si le fonctionnel, l’ergonomie sont au rendez-vous ou s’il faut que vous preniez quelques mois pour tout redévelopper…

Vous avez aussi deux sites (déjà cités mais dont je mets les liens), qui ont fait un travail remarquable pour décortiquer les outils : Lecko avec son référentiel  et Spectrum Groupe avec son Benchmark. Consultez-les avant de choisir 3/4 outils à regarder plus en profondeur.

Et puis appuyez-vous sur l’expérience : rien ne vaut un petit tour dans la voiture pour sentir les amortisseurs… Demandez à les tester, à les découvrir dans leur contexte. On a la chance que ces outils soient disponibles en SaaS, donc en ligne. Ne vous en privez pas.

Un éditeur moderne se détermine par sa philosophie produit

Enfin, reste « la philosophie ». Et quand on voit ce qu’arrive à faire un Apple avec une philosophie autour de ses produits, on comprend qu’aujourd’hui, c’est aussi capital que l’état du produit à un instant T. La philosophie d’un éditeur c’est avant tout une ligne de conduite, qui va vous apporter dans le temps des évolutions.

Quels sont les axes de cette philosophie ? Voilà les questions que vous devez vous poser…

Met-il en avant l’évolutivité de son produit ? Son ergonomie ? Le fait que les clients l’adoptent ? Qu’il est performant sur le plan technique ?

Quelle est sa stratégie partenariale ? A-t-il d’autres outils avec lequel il est couplé ?

Quelle est sa stratégie de support ? De relation client ?

Quelle est sa vision de l’évolution des RSE ? Vous convient-elle ?

… etc…

A priori ce ne sont pas des questions simples, mais je suis sûr que vous avez déjà un avis sur chaque éditeur rapidement en le rencontrant. En lisant ses documents, commerciaux et marketing. En testant son produit. Faites confiance à votre intuition… et aux retours des utilisateurs.

Vive le POC

Ce billet, je l’espère, montre bien que non, tous les outils ne se valent pas. Et pire : si vous vous trompez d’outil pour votre projet, l’usage, Graal tant attendu, ne sera pas ou partiellement au rendez-vous. On a la chance en 2012 d’avoir accès à ces outils de manière beaucoup plus transparente avec les tests en ligne, les benchmark etc… qu’au temps du logiciel où il était très difficile de vraiment toucher du doigt les solutions.

Alors ne vous gênez pas. Montez des POC (proof of concept), des pilotes, des tests. Non seulement vous améliorerez votre compréhension de vos enjeux d’usage en le pratiquant in-vivo (et pas seulement in-vitro PowerPoint) mais en plus, vous aurez des retours concrets sur l’outil pour choisir en toute connaissance de cause.

Yes, software matters !

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A propos blogjamespot

Mené par 3 entrepreneurs dans le numérique depuis plus de 15 ans, Jamespot porte la vision que le Web transforme et accélère les nouveaux usages autour de l’information pour l’individu et dans l’entreprise. Jamespot édite le site éponyme Jamespot.com, un réseau social qui permet de communiquer à ses amis ce qui nous intéresse sur le Web en un simple clic. Jamespot.com c’est à ce jour, des dizaines de milliers de Spotteurs actifs répartis sur 12 pays. Fort de son succès croissant et de l’adoption spontanée de ce nouveau réflexe, sur le Web, Jamespot décline également une version professionnelle, Jamespot.Pro, pour l’entreprise 2.0 qui impulse la puissance du réseau social au business.
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6 commentaires pour Non, tous les outils ne se valent pas.

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  3. Hello Alain,

    tout à fait d’accord avec ta remarque et merci pour la précision pour Lecko. Il me semble que le discours que porte Lecko est : il n’y a pas une solution meilleure qu’une autre. Il y a des besoins et des usages qui en découlent. A partir de ce constat, qui est différent selon les entreprises, on va pouvoir choisir la solution qui répond le plus à ce besoin. Surtout qu’on commence de plus en plus à voir une segmentation des RSE, les pure players SaaS dont Jamespot fait partie, développe un positionnement de moins en moins généraliste. Chacun se renforce de plus en plus sur un segment. Les entreprises devront donc choisir en fonction de ses besoins.

  4. Je partage votre analyse et je suis d’ailleurs toujours aussi surpris du nombre d’analyses de veilleurs qui … veillent en se gardant de conjuguer le verbe ‘faire’ au présent … La combinaison d’une approche structurée avec le ‘bon’ outil qui correspond aux besoins de la cible m’apparaît indispensable pour mener à bien son projet de RSE ou d’ex KM 😉 Un adage chinois : le tigre ne dit pas qu’il bondit. Il bondit. Bref, place à ceux qui font et qui choisissent dans la vraie vie leur ‘bon’ outil. Un Community manager sur YoolinkPro – Siège Enseigne La Poste

  5. Ali OUNI dit :

    Alain, un grand merci pour ton analyse de grande qualité !! sans « langue de bois » 🙂
    Alors en lisant ce billet, je retrouve des faits que je rencontre et des constats que je peux faire sur pas mal de projets autour du « collaboratif » des « Réseaux Sociaux » ou aussi des CMS… Des situations où le produit (outil) est parachuté par ne sais-je quel décideur, d’autres où on recopie ce qu’a fait le voisin ou le concurrent et d’autres où la DSI ne veut pas entendre d’un benchmark ou d’une plateforme autre que ce qu’elle a déjà choisie…

    (Attention : je ne dis pas que ce sont des situations qui mènent forcément vers le mur – ou qu’elles ne sont pas justifiées…). Seulement de là à penser que « l’outil n’est qu’un outil » et qu’on sait « tout faire avec n’importe quel outil » on se trompe sans doute !

    En travaillant sur SpectrumBenchmark j’ai pu (re) découvrir un grand nombre de différences entre les outils : fonctionnelles certes, mais c’est le plus évident à voir, mais aussi techniques – voire stratégiques / philosophiques / ou encore au niveau du positionnement. Par ailleurs, l’exercice de représenter le produit en une « image » (l’infographie que l’on peut peut retrouver sur SpectrumBenchmark) nous a aussi permis de voir à quel point ces différences sont palpables, si on se donne la peine de les identifier / analyser / comprendre !

    Je te rejoints donc pour dire non tous les outils ne se valent pas ! d’autant plus que plusieurs théories de l’usage montrent la co-évolution « usages / technologies » : souvent les technologies stimulent les usages (merci concepteurs et développeurs) mais aussi elles évoluent grâce à ce qu’on en fait (merci utilisateurs).

    Au plaisir de te lire.

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